CADRE GENERAL
Les transformations contemporaines de l’action publique conduisent à repenser les modes de gestion et de gouvernance des organisations publiques, y compris à l’échelle territoriale. Depuis les réformes associées au New Public Management (NPM), la gestion publique a accordé une place importante à l’efficience, à la performance, aux résultats et à l’introduction de pratiques managériales dans le secteur public. Si ces évolutions ont contribué à renouveler les modes de gestion publique, elles ont également suscité des réflexions sur leurs limites et sur la nécessité de dépasser une conception de la performance principalement centrée sur l’efficience et la concurrence. Les approches du Post-New Public Management accordent ainsi davantage d’importance à la collaboration, à la confiance, à l’implication des acteurs, à l’innovation et à la création de valeur publique (Melo et al., 2022). Cette évolution ne signifie toutefois pas la disparition des logiques issues du NPM. Les transformations des administrations publiques apparaissent plutôt comme des processus complexes dans lesquels différentes logiques de gestion peuvent coexister. La question devient alors celle de la capacité des organisations publiques à articuler performance, responsabilité, innovation et collaboration, tout en adaptant leurs modes de gestion aux caractéristiques des problèmes publics auxquels elles sont confrontées. Dans cette perspective, l’innovation et la collaboration deviennent des dimensions importantes de la transformation de l’action publique. Melo et al. (2022) montrent notamment que l’innovation dans les organisations publiques repose sur l’articulation entre l’autonomie professionnelle fondée sur la confiance, la collaboration entre les membres de l’organisation et leur implication dans la mise en œuvre de la stratégie. Mais cette transformation dépasse les frontières de l’organisation publique elle-même. Face à des problèmes complexes, la production de réponses publiques implique de plus en plus une pluralité d’acteurs. La co-création met ainsi l’accent sur la coordination entre administrations, citoyens, communautés et autres parties prenantes afin de produire des solutions, de mobiliser des ressources et de favoriser des services et des réponses plus intégrés (van Gestel et al., 2023).
C’est dans cette évolution que se situe la question de la gouvernance locale. À l’échelle territoriale, la gestion publique ne peut être envisagée indépendamment des relations entre collectivités, administrations, acteurs économiques, organisations de la société civile et citoyens. La gouvernance territoriale renvoie ainsi à la capacité de ces différents acteurs à coordonner leurs ressources, leurs compétences et leurs actions autour d’enjeux communs. Elle soulève, par conséquent, des questions relatives à l’efficacité de l’action publique, à la responsabilité, à la participation, à l’équité et aux modalités de coordination entre les différents niveaux et acteurs de l’action publique. La co-création elle-même demeure cependant confrontée à des difficultés liées notamment au leadership public, à la planification stratégique et à la persistance de structures organisationnelles verticales (van Gestel et al., 2023). Cette problématique prend une résonance particulière dans le contexte des transformations engagées au Maroc en matière de développement territorial, notamment avec la régionalisation avancée, la décentralisation, la déconcentration administrative et les nouvelles générations de programmes de développement territorial intégré. Ces transformations invitent à interroger les modalités de conception et de mise en œuvre des politiques publiques territoriales, mais également la capacité des acteurs à coordonner leurs interventions et à valoriser les ressources et les spécificités propres à chaque territoire. Cette dernière dimension conduit à considérer le territoire comme davantage qu’un espace administratif ou géographique. Les travaux récents sur le place-making montrent que le lieu est construit à travers les interactions entre les personnes et leur environnement et que sa signification évolue au fil des expériences, des mémoires et des attentes des acteurs (Malone et al., 2024). Le place-making apparaît ainsi comme un processus fluide, évolutif et fondé sur des interactions et des processus de co-création. Dans la même perspective, Warnaby et McEachern (2026) soulignent que l’étude du lieu et de l’espace est nécessairement multidisciplinaire et que le lieu peut être appréhendé à travers les significations, les relations et les interactions qui le constituent.
C’est précisément à ce niveau que le marketing public et territorial trouve sa place dans la réflexion sur la gouvernance et le développement des territoires. Il ne s’agit pas de réduire le marketing territorial à une fonction de promotion ou de communication, mais de l’envisager comme une approche permettant de comprendre les attentes des parties prenantes, les processus de création et d’échange de valeur et les interactions entre acteurs. Korschun et al. (2020) montrent ainsi que le marketing peut appréhender les processus de création et de co-création de valeur à travers les dialogues entre une pluralité d’acteurs, avec des implications qui dépassent les intérêts individuels pour concerner la société dans son ensemble. Dans cette perspective, le marketing territorial participe également à la réflexion sur l’attractivité, l’identité et la valorisation des spécificités des territoires. Les travaux sur le marketing et les politiques publiques invitent plus largement à considérer les enjeux de durabilité, d’équité, de bien-être collectif et de qualité de vie dans l’articulation entre marketing, politiques publiques et action collective (Shultz et al., 2022). Le marketing constitue ainsi non pas un champ séparé de la gouvernance, mais une perspective complémentaire permettant d’appréhender les relations entre acteurs, la création de valeur et la valorisation du territoire. Dans cette perspective, Eljadida-Sidi Bennour constitue un terrain particulièrement pertinent de réflexion. Son potentiel touristique, environnemental, économique et maritime offre un cadre propice à l’étude des dynamiques de gouvernance locale et de développement territorial intégré, notamment autour de la valorisation des ressources territoriales, de l’économie bleue, de l’innovation, du numérique et du marketing territorial. C’est dans ce cadre que s’inscrit la deuxième édition des journées scientifiques de l’Équipe de recherche en Gouvernance et Innovation des organisations (IGPO) autour du thème « Gestion publique et gouvernance locale au service du développement territorial intégré ».
Cette édition propose ainsi d’interroger les transformations de management publique territorial et les nouvelles formes de gouvernance susceptibles d’accompagner les dynamiques de développement des territoires. Elle ambitionne de réunir chercheurs, enseignants-chercheurs, doctorants, acteurs institutionnels et professionnels autour d’une réflexion interdisciplinaire sur les enjeux actuels et futurs de la gestion publique, de la gouvernance territoriale, de l’innovation et du marketing au service de territoires plus intégrés, inclusifs et durables.
1. Melo, S., De Waele, L., & Polzer, T. (2022). The role of Post-New Public Management in shaping innovation: The case of a public hospital. International Review of Administrative Sciences, 88(4), 1032– 1049. https://doi.org/10.1177/0020852320977626 2. van Gestel, N., Kuiper, M., & Pegan, A. (2023). Strategies and transitions to public sector co-creation across Europe. Public Policy and Administration. https://doi.org/10.1177/09520767231184523 3. Malone, S., Keegan, B., Mytting, I., & Calogiuri, G. (2024). The temporal nature of place-making. Marketing Theory. https://doi.org/10.1177/14705931241302080 4. Warnaby, G., & McEachern, M. G. (2026). Place, space, and Marketing Theory. Marketing Theory. https://doi.org/10.1177/14705931261456851 5. Korschun, D., Martin, K. D., & Vadakkepatt, G. (2020). Marketing’s role in understanding political activity. Journal of Public Policy & Marketing, 39(4), 378–387. https://doi.org/10.1177/0743915620949261 6. Shultz, C., Hoek, J., Lee, L., Leong, W. Y., Srinivasan, R., Viswanathan, M., & Wertenbroch, K. (2022). JPP&M’s global perspective and impact: An agenda for research on marketing and public policy. Journal of Public Policy & Marketing, 41(1), 34–50. https://doi.org/10.1177/07439156211049216
AXES DE RECHERCHE
Axe 1. Gouvernance, performance et transformation des organisations
Cet atelier porte sur les transformations des organisations publiques et territoriales, les nouvelles pratiques de gouvernance et de management, ainsi que les enjeux de performance, de pilotage et d’évaluation. Il s’intéresse également aux évolutions des structures, des pratiques organisationnelles et des modes de coordination entre les acteurs.
Axe2. Finance, audit et nouveaux modèles de gestion
Cet atelier s’intéresse aux problématiques financières, comptables et d’audit dans les organisations publiques, privées et territoriales. Il ouvre également la réflexion sur les mécanismes de financement, de contrôle, de transparence et de gestion des ressources, ainsi que sur l’évolution des modèles et pratiques de gestion.
Axe3. Marketing, communication et attractivité territoriale
Cet atelier explore les contributions du marketing et de la communication à la création de valeur, à la construction de l’image et au renforcement de l’attractivité des territoires et des organisations. Il s’intéresse également aux nouvelles pratiques marketing et aux relations avec les différentes parties prenantes.
Axe4. Entrepreneuriat, économie collaborative et innovation sociale
Cet atelier examine les dynamiques entrepreneuriales et les nouvelles formes d’initiative économique et sociale. Il s’intéresse aux processus de création de valeur, aux modèles collaboratifs et aux dynamiques d’innovation contribuant au développement économique et social des territoires.
Axe5. Digitalisation, intelligence artificielle et nouvelles pratiques managériales
Cet atelier porte sur les transformations induites par la digitalisation et l’intelligence artificielle dans les organisations et les territoires. Il s’intéresse à l’évolution des pratiques managériales, des processus organisationnels et des modes d’interaction entre les acteurs dans un environnement marqué par les transformations technologiques
Axe 6. Logistique, management de la supply chain et durabilité des territoires
Cet atelier porte sur les transformations de la chaîne logistique et du supply chain management au service de la performance des organisations et du développement territorial. Il s'intéresse au pilotage des flux (physiques, d'information et financiers), à la résilience et à la digitalisation de la supply chain, aux pratiques de logistique durable (green logistics), ainsi qu'à la coordination des acteurs publics et privés pour l'optimisation des infrastructures et de la mobilité des marchandises à l'échelle des territoires.
CALENDRIER
PARTICIPATION
La participation au colloque est gratuite. Aucun frais d’inscription ne sera demandé aux participants ou aux auteurs des communications retenues.